Crédits Leo Amato

De la décentralisation du net

Bonjour les gens,

J’aimerai revenir sur une notion dont on a beaucoup parlé (au moins ici et ) et dont on parlera beaucoup encore, vu qu’il s’agit d’un pan important de ce pourquoi nous nous battons.

J’aimerais clarifier et élargir toutes les très jolies choses que l’on met derrière ce terme, et éviter qu’il continue de vous faire peur afin que vous puissiez enfin dormir enfin à peu près convenablement.

Ce que l’on vous a déjà dit

Comme a dû vous le dire Motius, le net d’aujourd’hui, ou du moins tel qu’il est en voie de devenir, est méchant. Enfin il n’est pas méchant, mais les gens qui ont la main dessus le sont. Où plutôt, rien ne peut les empêcher de l’être. Pourquoi ? Parce que ces acteurs du net détiennent un quasi-monopole des services qu’ils proposent, et pire encore, ils les accumulent. Désormais, les gens reposent leur entière activité internet sur deux ou trois sociétés, que ce soit pour les mails, les contacts, la communication instantanée, les réseaux sociaux… On a donc très peu de gros centres de services conséquents dans le monde. Mais ça vous le saviez déjà.

La décentralisation, au sens strict du terme, c’est la tendance à délaisser les centres des services au profit d’une répartition de la charge sur l’ensemble des utilisateurs de ce service. Cela passe par des protocoles spéciaux d’un type que l’on nomme pour l’occasion pair à pair, bien connu sous son nom anglais peer-to-peer. Mais ça, vous le saviez aussi.

L’intérêt du pair à pair, c’est que les utilisateurs du service ne sont plus dépendants de l’énorme araignée de la toile dans laquelle ils sont tenus prisonniers, mais de porter eux même les données ou de servir de point d’accès pour d’autres utilisateurs de ce même service. Donc plus il y a d’utilisateurs, plus le service est efficace, à l’opposé d’un service centralisé traditionnel (même si souvent les centres en question déploient des moyens colossaux et peuvent ainsi traiter beaucoup, beaucoup, mais genre vraiment beaucoup de demandes). De même, la censure d’un tel service est très difficile, car l’information est en elle-même insaisissable. Pour arrêter le service, il faut faire tomber un à un tous les pairs du service, et Dieu sait que parfois ça fait beaucoup. Ainsi il est impossible d’enrayer le téléchargement illégal du dernier Twilight en pair à pair, les autorités se réduisant à établir une liste des utilisateur du service afin de faire tomber le glaive impitoyable de la justice et de les châtier à grand coups de pied là ou je pense.

Rappelons que ces protocoles pair à pair ne sont pas illégaux, ce sont certains usages qui en sont fait qui le sont. On ne va pas interdire la gravité parce que la chute inattendue d’un rhinocéros du haut d’un immeuble sur la tête est potentiellement néfaste pour la santé du propriétaire de ladite tête (et pour le rhinocéros par la même occasion).

Un rhinocéros
Principal responsable de l’interdiction totale de la gravité (décret de 2035).

Tout cela vous le saviez. En tout cas vous devriez le savoir. Bon de toute façon, maintenant vous le savez.

Mais…

Je pense que je dois partager mon ressenti sur cette philosophie de la décentralisation.

L’inconvénient du pair à pair, c’est que trop peu de protocoles l’utilisent, ce qui le réduit aujourd’hui à un usage très marginal, dont celui qui n’est pas apprécié par ces respectables personnes chez Hadopi. On a bien quelques tentatives de démocratisation de services tout public en pair à pair, mais ils ont pour le moins beaucoup de mal à percer. Cela soulève également le problème de la standardisation, qui pourrait faire l’objet d’une autre tribune.

D’autre part, cela induit une conception totalement différente des principes des internets que l’on croyais acquis, dont le sacrosaint concept d’architecture client-serveur. En pair à pair, ça change du tout au tout, car il n’y a alors que des utilisateurs qui jouent les deux rôles à la fois, dans une sorte d’orgie de l’information.

Alors que faire ? Doit-on se plier à la dictature des grands de ce monde qui abusent de nos données et dont nous sommes la matière première ? N’ayez crainte, nous sommes les Gentils du Net, et même si le moment venait un jour de rendre les armes et de courber l’échine devant le totalitarisme des sociétés gangster cannibales et sans pitié d’un monde impitoyable, dénué de liberté et d’utilité par le fait, ce jour n’est pas arrivé !

À mon sens, la solution idéale dans l’état actuel des choses, quitte à adopter la décentralisation totale plus tard, passe par un élargissement du sens de cette décentralisation. Plutôt que de renoncer aux centres de services, créons-en énormément ! Je m’explique : je pense qu’il est louable que créer les propres services que nous utilisons. C’est le principe de l’auto-hébergement : on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Et cela a l’avantage de pouvoir facilement éditer un contenu que vous mettez à disposition, puisque tous les accès dépendent de vous.

Cette structure n’est pas sans rappeler les premier jours des internets, à l’époque ou vous aviez une multitude de concurrents valables pour un même service. D’ailleurs, énormément de services vieux comme le net ont été conçu pour être compatibles entre différents centres. Les mails en sont un très bon exemple. Du coup, vous pouvez créer votre propre service mail, et pour le coup aller envoyer paitre Gmail, créer votre propre messagerie XMPP et envoyer valser Skype/Facebook…

Tant que les services sont conçus pour que les centres se comprennent, on participe alors à la fédéralisation des services, qui est une forme plus progressiste de la décentralisation.

Le fait de s’auto-héberger est également un très bon moyen / le meilleur moyen / le seul moyen de se familiariser avec les techniques d’administration système. Car en vérité je vous le dit, à Hashtagueule, on encourage les gens à s’instruire, tant sur le point de vue de l’actualité que sur celui du savoir-faire, je pense que vous l’aurez compris. Et bien sûr, bien que vous puissiez trouver des masses de tutoriels sur la plupart de ces services sur le web, on vous en concoctera quelques-uns, avec nos astuces personnelles, c’est ça la valeur ajoutée Hashtagueule.

Je pensais que ce petit billet était utile afin de proposer une solution de plus à notre combat quotidien.

Un jour peut-être, le monde sera prêt à passer en pair à pair total. En attendant, soyez votre propre centre de services.

Et restez gentils.

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